Esplanade sud de la gare centrale de Tianjin sur la rive gauche du Haihe. @Rémi Anicotte (31 mai 2024)
Le cœur urbain de Tianjin est situé à la jonction du fleuve Haihe et du Grand Canal. La section nord du Canal aboutit à Pékin, tandis que la section sud part vers Nankin, Suzhou et Hangzhou.

Le double accès de Tianjin à l’océan et au Canal lui a conféré un rôle stratégique et marchand de première importance, tout en en faisait un étonnant carrefour des cultures des bateliers du Canal et des marins de la Chine du Sud.

Par exemple, près du fleuve et dans les faubourgs est de l’ancienne ville fortifiée, se trouve le Tianhougong (天后宫) qui est un temple consacré à Mazu, une déesse dont le culte a prit naissance au Fujian à la fin du Xe siècle, sous la dynastie Song. Ce temple fut établi à Tianjin en 1326, sous la dynastie Yuan, 78 ans avant la construction des remparts du vieux Tianjin sous le règne de l’empereur Yongle des Ming. C’est en ce lieu que Matteo Ricci fut hébergé sur son trajet de Nankin à Pékin par le Grand Canal en 1601, à son grand dam, lui qui aurait préféré passer la nuit au temple de Confucius (文庙) située au sein de l’ancienne ville fortifiée. Matteo Ricci aurait vu un temple littéraire habituel fondé en 1436 sous la dynastie Ming. Mais nous, visiteurs modernes, constatons que le temple initial a été doublé en 1734 par un nouveau temple identique accolé sur le côté ouest : le premier temple était rattaché à la province et le second au comté. Cette situation unique en Asie éclaire la relation en miroir entre les rites confucéens et l’administration impériale.

Les anciennes concessions de Tianjin furent attribuées à des nations étrangères à partir de 1861, suite à la défaite chinoise lors de la Seconde guerre de l’opium. Ces concessions étrangères étaient inaccessibles aux forces de l’ordre et au fisc de l’Empire de la dynastie Qing puis de la République de Chine. La classe politique chinoise dénonçait l’atteinte à la souveraineté nationale que signifiait cette extraterritorialité. Mais dans un même temps, certaines personnalités profitaient de ce statut particulier pour s’y réfugier, tel Yuan Shikai (le chef de l’Armée du nord, et le premier président de la République de Chine), quand il était tombé en disgrâce de 1908 à 1911, ou comme Puyi (le dernier empereur de Chine) accueilli dans la concession japonaise fin 1924 suite à son expulsion de la Cité interdite, ainsi que son oncle Zaizhen, le prince Qing, arrivé dès 1912 dans la concession britannique. Il s’était enrichi en jouant à la bourse, et il gardait ses distances avec la politique et son encombrant neveu.

Après la fin de l’Empire en 1911 et la fondation de la République de Chine en 1912, les grandes fortunes chinoises choisirent les concessions de Tianjin pour mettre une partie de leurs avoirs à l’abri de l’instabilité de la République de Chine, ainsi la ville connut un essor inédit. Elle était plus riche et plus animée que Pékin, ne se comparant qu’à Shanghai. Mais elle a semblé s’endormir après 1949, pendant des décennies où ses ressources étaient préemptées par la capitale.
Pourtant, des centaines de bâtiments classés survécurent aux guerres, ainsi qu’au tremblement de terre de Tangshan en 1976. Et, aujourd’hui, flâner à pied ou à vélo au milieu de ce patrimoine architectural semble nous placer dans une machine à remonter le temps, d’autant plus que depuis une dizaine d’années, Tianjin connaît une renaissance grâce à des campagnes d’embellissement des anciens quartiers.

Idées de visites:
- Musée d’histoire naturelle Hoangho Paiho (北疆博物馆) fondé en 1914 par Émile Licent, au n°117 Machangdao.
- Western Art Museum (西洋博物馆) dans l’ancienne Banque de l’Indochine, au n°77 Jiefangbeilu.
- Tianjin Digital Art Museum (天津数字艺术博物馆) dans l’ancien Conseil Municipal français au n°12 Chengdedao.
- L’Hôtel Astor à Tianjin, un lieu de mémoire et de réflexion sur l’interculturalité (Florence Boucard, 2023).

Lectures et vidéos:
- Longue vue : roman de Feng Jicai (2018), traduction française par Violaine Cousin (2023).
- Ta famille est sans histoire ! Une révolution culturelle en Chine : récit d’Aurélie Martinaud (2020) à propos de trois générations de femmes à Tianjin au cours des années 1950-1990.
- Tianjin, Vestiges et témoignages d’une histoire singulière (Fleur Chabaille, conférence pour la SHFC en 2022, 1h12min).
- Drapeau rouge sur l’Autriche-Hongrie coloniale (1917), Mathieu Gotteland, 2024, La Revue d’Histoire Militaire. [L’orientation du plan général place le nord en bas, et celui de la concession autrichienne place le nord à gauche]
- Rémi Anicotte, 2022, Six chapitres d’histoire de Chine.

[Mise à jour le 9 mars 2026.]
