Jusqu’aux années 1920, Pékin comptait environ 1100 temples dispersés dans la ville fortifiée et les proches faubourgs. Mais des centaines périclitèrent entre 1900 et 1930, à partir de la dernière décennie de l’Empire et de deux premières décennies de la République de Chine.

Cette mutation ne reflétait pas forcément une baisse de la religiosité, mais plutôt un transfert des lieux de son expression, et surtout une mutation sociétale et urbanistique dont voici des jalons chronologiques : les Nouvelles Politiques de 1900, la fin des examens mandarinaux en 1904 (dernière session) et 1905 (abrogation), fin de l’Empire en 1911 et fondation de la République de Chine en 1912, expulsion du dernier empereur Puyi de la Cité interdite et fin des rites dynastiques en 1924, transfert de la capitale de Pékin vers Nankin en 1928.

Ainsi, les temples officiels subventionnés par l’État commencèrent à perdre leurs subsides publics à partir de 1900. Les temples non subventionnés vivaient précédemment de donations privées et de revenus fonciers qui se firent de plus en plus rares, notamment suite à la multiplication, à partir de 1904, des chambres de commerces (shānghuì 商会) représentant des localités, en sus des traditionnelles maisons (huìguăn 会馆) des corporations et des territoires, et leur choix moderniste d’une installation hors des espaces bâtis loués par les temples.

Finalement, les terrains de la plupart des temples furent récupérés par la densification de l’habitat à partir des année 1950 et ils n’existèrent plus qu’à travers la toponymie, ou comme d’étranges fantômes sur des cartes surannées.

Beaucoup de survivants furent vandalisés en 1966 au début de la Révolution Culturelle et réaffectés à d’autres usages, notamment convertis en logements ou en entrepôts pendant une vingtaine d’années. Certains retrouvèrent une vocation cultuelle ou muséale à partir de 1982.

Extrait d’une carte éditée par le Journal de Pékin (actif entre 1910 et 1933, dirigé par Albert Nachbaur à partir de 1918). Une pagode des Splendeurs Lunaires est placée hors des murs de la Ville Intérieure et au sud-ouest du temple du Soleil. Une voie ferrée traverse les remparts au niveau de l’actuel échangeur Jianguomen sur le 2e périphérique et contourne le temple des Splendeurs Lunaires par le nord et l’est. Au sud de la porte Dongbianmen, dans la Ville Extérieure, se trouve un oratoire du Parc aux Pêchers correspondant au palais des Pêches d’Immortalité.
  • L’autel du Soleil (Rì tán 日坛) était un lieu dévolus aux rites impériaux du XVIe siècle jusqu’à 1911. Il se trouve toujours dans le parc éponyme. Il devint un lieu d’une disruption bon enfant dans les années 1990 avec d’occasionnelles rave parties nocturnes. Aujourd’hui, dans la journée, on peut faire le tour de l’autel carré enchâssé dans son enceinte circulaire.
Autel du Soleil (Rì tán 日坛). @Rémi Anicotte (13 mars 2024)
  • Le palais des Pêches d’Immortalité (Pántáo gōng 蟠桃宮) était encore indiqué sur un carte de 1947, au sud de la porte Dongbianmen, dans la Ville Extérieure. La mémoire locale conserve l’écho de ses foires du Nouvel An. Mais son unique vestige visible sur le terrain consiste en une stèle votive datée de 1662 qui était initialement à l’entrée du temple et qui est désormais placée au milieu d’un jardin anonyme en bordure du 2e périphérique.
Stèle du palais de la Paix suprême pour la préservation de la Nation (Hù guó tàipíng gōng bēi 护国太平宫碑) au sud de l’échangeur Dongbianmen sur le 2e périphérique de Pékin. Derrière à droite se voient les lucarnes de la tour d’angle sud-est des remparts de la Ville Intérieure. @Rémi Anicotte (24 février 2025)
  • Le temple des Splendeurs Lunaires (Yuè huá sì 月华寺) n’existe plus que comme un souvenir sur d’anciennes cartes. Sur celle éditée par le gouvernement de Pékin en 1947, son nom était écrit Yuè hé sì (月河寺), soit temple de la Rivière Lunaire : peut-être avait-il été renommé, ou il s’agissait d’un autre temple, ou l’enregistrement au cadastre était fautif (pour fuir l’impôt ou pour justifier une saisie), ou plus prosaïquement le recensement s’opéra à la va-vite.
Extrait d’une carte éditée par le bureau japonais du tourisme et référencée en 1920 par la Library of Congress. Le temple des Splendeurs Lunaires (月华寺) est placé hors des murs au niveau de l’Observatoire de Pékin qui devint un dépôt muséal en 1929 après le transfert de ses capacités à l’observatoire de la montagne Pourpre à Nankin.
Extrait d’une carte éditée par le gouvernement de Pékin en 1947. Le temple des Splendeurs Lunaires (月华寺) est devenu temple de la Rivière Lunaire (月河寺). Le palais des Pêches d’immortalité est toujours présent.

[Mise à jour le 2 mars 2025.]


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Une réponse à « Les temples fantômes »

  1. Avatar de perfectly15bd51ecab
    perfectly15bd51ecab

    Merci beaucoup Rémi!

    Florence Indianos 00306937103396 WA &Viber 008613910363202

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