Photo de couverture : la porte Dōnghuámén (东华门) vue de l’intérieur de la Cité interdite. @Rémi Anicotte (26 décembre 2021)
Colonnades d’apparat et lucarnes d’archers :
Les charpenteries d’apparat de la période impériale se trouvent dans les anciens palais et les administrations, elles possèdent des colonnades en bois qui les distinguent de l’architecture militaire avec ses façades aveugles ou percées de lucarnes d’archers. Ce contraste s’observe à Pékin sur les deux tours de l’ancienne porte Zhèngyángmén (正阳门). Elle consistait à l’origine en deux tours situées au nord et au sud d’une cour (wèngchéng 瓮城) dévolue aux contrôles de sécurité. Les murs de la cour furent abattus en 1903 (dans la 29e année de l’ère Guangxu) pour laisser passer le tramway, mais les deux tours subsistèrent, l’une d’apparat placée du côté intérieur des fortifications de la ville, l’autre est de style martial et elle était placée du côté extérieur des remparts.

Les entrecolonnements :

La taille de la charpenterie des pavillons d’apparats chinois de l’époque impériale peut se décrire en termes d’entrecolonnements, appelés jiān 间 en chinois, qui sont les sections définies par des piliers porteurs de la charpenterie. Par exemple, l’avant du pavillon central de la Porte du Midi présente dix colonnes et donc une largeur de neuf entrecolonnements. Par ailleurs, sa profondeur compte cinq entrecolonnements. Donc il couvre une superficie de cinq fois neuf font quarante-cinq entrecolonnement. On voit que le terme jiān dénote ici une unité structurelle de la charpenterie chinoise traditionnelle.
Une façade d’apparat possède toujours une ouverture et donc un entrecolonnement au centre (comme celui sous la pancarte à fond bleu de la Porte du Midi), de plus cette façade est symétrique (par exemple, les quatre entrecolonnements de part et d’autre de la section centrale de la Porte du Midi), ce qui implique forcément un nombre impair d’entrecolonnements.
Le nombre de sections des façades latérales est libre, mais la façade principale est censée compter 9 entrecolonnements au maximum, puis on peut descendre à 7, 5, 3, voire 1 pour une porte simple ou un pavillon élémentaire. Il existe cependant un bâtiment (réputé unique) à dix entrecolonnements comptés d’une façon artificiel (voir la légende de la dernière photo de ce billet de blog).
Les tenons-mortaises :
Les tenons-mortaises (en chinois : dǒugǒng 斗拱) étaient réservés au charpenteries d’apparat impériales et ils en sont donc un marqueur, en sus d’être des éléments décoratifs avec des éléments arrondis ou pointus. Concrètement, ce sont des pièces de bois s’emboîtant sans clou et joignant la toiture au poutres placées sur les piliers porteurs.



Les figurines sur les ailes des toits :
Le nombre de figurines sur les ailes des toitures des bâtiments d’apparat est corrélé avec le nombre d’entrecolonnement. Par exemple, sur la photo précédente, on compte cinq entrecolonnements et également cinq figurines entre l’immortel chevauchant un phénix en bas et la tête de dragon en haut.


Pistes de lecture:
- Six chapitres d’histoire de Chine (Rémi Anicotte, 2022), p.206.
- Les dougong et la résistance antisismique des palais de la Cité interdite.
[Mise à jour le 20 avril 2026.]
