Le parc du temple du Ciel (Tiān tán gōngyuán 天坛公园) se situe dans le sud du vieux Pékin intra-muros (à l’intérieur de l’actuel 2e périphérique).
Ses arbres les plus anciens, aux troncs épais et rabougris, portent des étiquettes les datant du début du XVe siècle, l’époque où l’empereur Yongle (règne de 1402 à 1424) aménagea cet espace dédié aux rituels impériaux. Le plus important était qui se déroulait au solstice d’hiver (le 21 décembre à un ou deux jours près) quand l’empereur venait en personne confirmer qu’il détenait le Mandat Céleste (la légitimité impériale) en célébrant, devant un aréopage de hauts fonctionnaires, le lien qu’il entretenait avec le Ciel. La cérémonie prenait place sur l’autel du Ciel (Yuánqiū tán 圜丘坛) qui est une plateforme circulaire à ciel ouvert, en pierre blanche et à trois niveaux, un chiffre qui marque le début de l’infini puisque l’on dit que « le un engendre le deux qui engendre le trois qui engendre toutes les choses ».

L’autel circulaire est entouré d’une enceinte extérieure carrée symbolisant l’enracinement dans la Terre, et d’une enceinte intérieure ronde. Cette disposition illustre la cosmogonie ancienne disant que « la Terre est carrée et le Ciel est rond ». Un grand mas en bois se dresse à l’intérieur, du côté ouest. Des lampes y étaient suspendues afin d’éclairer les cérémonies commençant avant le lever du soleil. Originellement il y avait trois mats, mais deux disparurent et il ne reste que leurs socles.

Un travail réalisé entre 1988 et 1995 reconstitua un rouleau de 60 m explicitant la composition du cortège impérial mobilisant 37.000 personnes se rendant de la Cité interdite jusqu’à l’autel du Ciel au temps de l’empereur Qianlong (1711-1799). Ce type de cortège de haut niveau protocolaire s’appelait dà jià lǔ bù (大驾卤簿). Examinons trois images tirées de ce rouleau:



Une reconstitution des cérémonies avec seulement quelques dizaines de figurants eut lieu sur l’autel du Ciel en 2002. Enfin on avait des images de cérémonies auxquelles le commun des mortels ne pouvaient pas assister :


Yongle et ses successeurs ne plantèrent que des conifères, afin que le parc soit verdoyant pendant la saison hivernale, puisque le fils du Ciel venait ici au solstice d’hiver, date à laquelle les jours arrêtent de raccourcir et commencent au contraire à s’allonger. En été, la chaleur intense répand les fragrances des aiguilles et de la résine des pins, éveillant des réminiscences de forêts méditerranéennes.

Le parc fut ouvert au public en 1918, par la République de Chine, afin de désacraliser ce lieu une fois pour toute après la tentative de restauration impériale de Yuan Shikai, alors qu’il était président de la République ! Quelques kiosques de toute beauté furent enlevés de résidences impériales du nord de la ville et réinstallés ici, ainsi que des parterres de rosiers, et des tonnelles couvertes de lilas. Ainsi le site austère devenait un lieu d’agrément champêtre au cœur de la ville pour la belle société républicaine.
Il connut une rénovation majeure en 1978, comme pour en finir avec la chape de plomb de la Révolution culturelle.

@Rémi Anicotte (26 avril 2021)
À côté du bel ordonnancement digne d’un jardin à la française, poussent des fleurs sauvages, des pâquerettes sur les pelouses, et des roses trémières au fond des douves asséchées du Palais d’abstinences. Leur mise en eau a peut-être été abandonné au XVIe siècle après l’achèvement des remparts de la « Ville extérieure » (外城) en 1564 par l’empereur Ming Jiajing, ces douves sèches constituent l’une des énigmes du vieux Pékin.

@Rémi Anicotte (26 avril 2021)
Des moineaux, des corbeaux, des pies noires et blanches ou bleues volent entre les branches, et donnent la réplique à d’énergiques cigales. Des écureuils courent d’un tronc à un autre. Ils sont indifférents à l’histoire. La plupart des visiteurs aussi. Ils viennent flâner, jouer aux cartes, chanter des airs d’opéra, pratiquer des arts martiaux, ou danser en groupe, à l’ombre des frondaisons ou sous les kiosques, à l’écart de l’axe cérémoniel que nous connaissons aujourd’hui et qui fut conçu par l’empereur Jiajing (1507-1567), un descendant de Yongle.


Cet axe cérémoniel relie l’autel du Ciel à la salle des Récoltes reliés par un long chemin de marbre mène à la salle des Récoltes (Qí nián diàn 祈年殿), une élégante construction ronde, chapeautée de trois toits bleus superposés, qui fut l’emblème des Jeux Olympiques d’été de 2008.

@Rémi Anicotte (8 janvier 2023)

Visite virtuelle du parc du Temple du Ciel.
[Mise à jour le 29 janvier 2026.]
