La Porte du Midi de la Cité interdite vue des douves. @Rémi Anicotte (novembre 2019).

Au cœur de Pékin se trouve la Cité interdite violette (Zǐ jīn chéng 紫禁城), où la couleur violette évoque la zone autour de l’étoile polaire sur la carte du ciel traditionnelle chinoise et met en exergue le méridien qui traverse le centre de la Cité, et où le caractère 禁 est lu jīn et non jìn d’après les dictionnaires, même si l’usage hésite.

Représentation de l’extérieur de la Porte du Midi (Wǔ mén 午门) vue du sud vers le nord avec la voûte céleste tournant autour de l’étoile polaire.

Elle s’appelle aussi le Vieux palais de Pékin (Běijīng Gùgōng 北京故宫) depuis la construction de « nouveaux » palais dans la zone des jardins Yuanmingyuan et Yiheyuan à partir de la fin du XVIIe siècle.

Il s’agit d’une enclave rectangulaire qui abrita les empereurs de trois dynasties avant de devenir le musée que nous visitons et qui s’appelle Musée du Vieux Palais de Pékin (Běijīng Gùgōng Bówùyuàn 北京故宫博物院).

L’ensemble fut reconstruit de 1406 à 1420 sous le règne de l’empereur Yongle de la dynastie Ming qui ne partait pas de zéro, puisque Pékin existe dans sa forme actuelle avec un palais impérial à l’emplacement de la Cité interdite depuis la fin du XIIIe siècle, au temps de la dynastie Yuan fondée par Kubilaï Khan, un petit-fils du conquérant Gengis Khan.

Les remblais profonds, les remparts épais, ainsi que les douves constituent le gros œuvre pérenne achevé par la dynastie mongole. En revanche, les pavillons en bois élevés sur les socles, les esplanades, les jardins et les allées et les jardins ont été remodelés ou incendiés à maintes reprises, puis reconstruits ou rénovés. Notamment, la dynastie Ming, qui prit la relève des Yuan, suréleva les socles des bâtiments pour y aménager des chauffages au sol. Puis la dynastie Qing, venue après les Ming, posa sur les bâtiments des pancartes bilingues chinois-mandchou. La République de Chine, fondée en 1912, enleva l’affichage mandchou de la partie d’apparat où s’ouvrirent quelques salles d’exposition.

Dans cette enceinte, se succédèrent des descendants de Kubilaï, puis quatorze empereurs de la dynastie Ming à partir de 1420 (en provenance de Nankin), et encore dix de la dynastie Qing à partir de 1644 (en provenance de Shenyang). Le dernier empereur Puyi, habitant la zone résidentielle de la Cité durant les douze premières années de la République, finit par être expulsé en 1924, et l’entièreté de la Cité interdite devint un musée en 1925.

Nous pouvons contempler la Cité interdite de l’extérieur, à partir du sommet de la Colline des Panoramas (Jǐng shān 景山), également nommée Colline du Charbon (Méi shān 煤山), car elle était le lieu d’entreposage du combustible servant au chauffage d’hiver. De là, l’observateur voit se déployer les toits recouverts de tuiles dorées, et on perçoit aussi l’étendue (72 hectares) de l’ensemble.

Les tuiles dorées de la zone sud-est de la Cité interdite, et au fond le faîte vert du pavillon Wényuān gé (文渊阁) qui était l’une des bibliothèques de l’ère Qianlong. @Rémi Anicotte (26 avril 2019).

Nous entrons du côté sud, par la massive Porte du Midi (Wǔmén 午门). Nous débouchons sur une esplanade dépourvue de végétation, où le pouvoir impérial se mettait en scène lors des grandes cérémonies. De là, nous aurions tendance à nous laisser happer par la puissance de l’axe protocolaire et à avancer tout droit. Mais mieux vaux franchir les portes à droite ou à gauche, afin d’accéder à des allées boisées qui abritent nombre d’arbres aussi anciens que la Cité elle-même. Ils sont signalés par des étiquettes métalliques rouges indiquant l’âge, le nom chinois doublé du nom scientifique latin, et portant un code QR qui renvoie aux mêmes informations.

Les pavés de l’esplanade au sud de la porte de la confiance permanente (Chángxìn mén 长信门) et à l’est du jardin du palais de la tranquillité bienveillante (Cíníng gōng huāyuán‌ 慈宁宫花园) : partie rénovée lisse à côté d’un échantillon témoin de l’état d’avant la rénovation. @Rémi Anicotte (14 novembre 2019).

La disposition d’ensemble est aérée : les quelques 980 bâtiments n’occupent que 20% de la superficie totale, faisant du ciel l’élément principal du décor, mis en valeur par les toits courbés comme des ailes d’oiseaux prêts à s’envoler. Ce complexe palatial est réputé le plus grand du monde. Il est découpé en près de 90 cours qui sont autant d’enceintes dans l’enceinte, avec chacune leurs murs et leurs portes.

On dit que la Cité interdite comprendrait 9999 jiān (间), tout juste un jiān de moins que la complétion qu’aurait signifié un total de 10.000. Ces jiān sont les sections définies par des piliers porteurs, il s’agit d’une unité structurelle de la charpenterie chinoise traditionnelle. En réalité, leur effectif fluctuait au fil des modifications, notamment des bâtiments de service. L’important était que l’énoncé de cette incomplétude était une mise en avant d’une forme modestie vis-à-vis du Ciel, à l’instar de l’habituel 9 impérial qui se veut (entre autres choses) une incomplétude par rapport aux 10 entrecolonnements du Pavillon de l’harmonie suprême (Tàihé diàn 太和殿) où se renouvelait la dynastie lors des intronisations, des mariages impériaux et des annonces du nom des lauréats du concours mandarinal de plus haut rang.

Dans ce lieu, nous comprenons vite que la flânerie est la seule approche sensée, et qu’une exploration exhaustive relèverait de l’utopie.

Un couloir de service dans la Cité interdite. @Rémi Anicotte (16 juin 2020).

Les amateurs de collections muséales visiteront les expositions temporaires ou permanentes (porcelaines, sculptures, horloges importées d’Europe au XVIIIe siècle, orfèvrerie, jades).

Les explorateurs prendront un café dans les glacières souterraines (bīng jiào 冰窖), ou suivront les allées que le dernier empereur Puyi empruntait à vélo, passant des espaces protocolaires aux lieux de vie et d’agrément.

Les passionnés d’histoire décrypteront 600 ans de strates chronologiques.

Les photographes suivront les perspectives, ou les promeneurs en costumes traditionnels.

Inscription en chinois et en mandchou sur l’enseigne du Pavillon de la Paix impériale (Qīn’ān diàn 钦安殿) consacré au dieu Xuanwu (玄武上帝), ce temple taoïste se trouve dans le Jardin impérial (Yù huāyuán 御花园). @Rémi Anicotte (19 juin 2020).

Finalement, nous sortons par la Porte des Prouesses divines (Shén wǔ mén 神武门), au nord, du côté de la Colline du Charbon, ou par la Porte Orientale de la Gloire (Dōng huá mén 东华门), à l’est, en direction du quartier commerçant Wangfujing.

Forcément, nous reviendrons voir les tuiles dorées, les pierres et les bronzes luisant après une pluie, les douves gelées en hiver, la lumière d’un jour de neige, les floraisons au fil des saisons, les chats qui logent dans les zones de services, et les corbeaux que nourrissaient les Mandchous lors de leurs rituels chamanistes.

Après une pluie. @Rémi Anicotte (9 juillet 2020).

Pistes de lecture:

[Mise à jour le 19 avril 2026.]


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