Le carrelage en ciment et le granito, venus d’Europe, connurent un vif succès en Chine, d’abord dans les concessions étrangères au début du XXe siècle, puis partout : voici un sujet bien plat mais toutefois haut en couleur, il se prête merveilleusement à un traitement superficiel à l’aide d’une succession de photographies !

Ces matériaux novateurs étaient utilisés pour le revêtement des sols, voire des murs. Ils se substituaient pour un coût raisonnable aux sols traditionnels qui pouvaient être en terre battue ou munis d’un plancher, ou bien pavés avec des briques cuites, des dalles de pierre, voire de céramique, dont le type le plus onéreux était la « brique d’or » (jīn zhuān 金砖) produite à Suzhou.

La fabrications des carreaux en ciment ou carreaux-mosaïques, ne nécessitent pas de cuisson (contrairement à ceux en céramique), mais une presse hydraulique. Le procédé de fabrication a été breveté par Étienne Larmande en 1853 qui utilisait le ciment moderne breveté en 1817 par Louis Vicat.

Les carreaux quittaient l’Europe par voie maritime et ils arrivaient aux ports d’importation en Chine : Canton, Shanghaï, Tianjin, voire Dalian ou autres.

Le granito (en chinois : 水磨石) est un matériau composite, coulé sur place ou préfabriqué. Il est également appelé terrazzo, voire mosaïque vénitienne.

Il est constitué de fragments de marbre, de quartz, de granite, de verre ou autres, agglomérés, généralement au moyen de ciment, ou à l’aide de résines. Des profilés métalliques peuvent être utilisés (technique du cloisonné) pour délimiter différentes sections ou pour créer des motifs en jouant sur les variations de couleur ou de matériau. Une fois le matériau durci, sa surface est poncée, meulée puis polie afin d’obtenir une finition lisse et uniforme.

Le parc Beihai (北海公园) fut ouvert au public en 1925. Il englobe la partie nord des anciens jardins impériaux à l’ouest de la Cité interdite, tandis que la partie sud (Zhongnanhai 中南海) était devenue la Présidence dès 1912.

Carrelage devant la salle de la Paix universelle (Pu’andian 普安殿) du temple de la Paix éternelle (Yong’andian 永安寺) sur l’ïle Qionghuadao du parc Beihai à Pékin. @Rémi Anicotte (23 septembre 2026)
Carrelage à l’intérieur de la salle de la Paix universelle (Pu’andian 普安殿) du temple de la Paix éternelle (Yong’andian 永安寺) sur l’ïle Qionghuadao du parc Beihai à Pékin. @Rémi Anicotte (23 septembre 2026)
Carrelage à l’intérieur de la salle de l’Introspection (Yuexindian 悦心殿) sur l’île Qionghuadao (琼华岛) du parc Beihai à Pékin. @Rémi Anicotte (23 septembre 2026)

La salle Wenhuadian (文华殿), située dans le secteur sud-est de la Cité interdite, devint un hall d’exposition dès 1912, dans la première année de la République de Chine, c’est-à-dire douze ans avant l’expulsion du dernier empereur Puyi, et treize ans avant la fondation en 1925 du Musée du Vieux Palais de Pékin qui englobait l’entièreté de la Cité interdite.

Carreaux en ciment sur le sol de la salle Wenhuadian (文华殿) à la Cité interdite : capture d’écran de l’application WeChat du Musée du vieux palais de Pékin, onglet 360°.

La cour du n°13 de la ruelle Yu’er Hutong (北京市东城区雨儿胡同13号院齐白石旧居纪念馆) fut attribuée en 1955 au peintre Qi Baishi (齐白石, 1864-1957) qui y passa ses dernières saisons. Les carrelages que l’on y voit doivent dater de l’époque de la République de Chine, avant l’installation de l’artiste.

Carrelage de la galerie sud de l’ancienne résidence de Qi Baishi à Pékin. @Rémi Anicotte (23 septembre 2026)
Carrelage de la galerie ouest de l’ancienne résidence de Qi Baishi à Pékin. @Rémi Anicotte (23 septembre 2026)
Rambarde de la cage d’escalier autour de l’ascenseur Ortis dans le Musée de la police de Pékin (北京警察博物馆) qui occupe le bâtiment construit dans les années 1910 (les sources sont imprécises) afin d’héberger la National City Bank of New York chargée de gérer les indemnités attribuées aux États-Unis dans le cadre du règlement de la guerre des Boxer. @Rémi Anicotte (27 septembre 2026)

L’église Saint-Louis (紫竹林天主堂) au n°16 rue Yingkou Dao (天津市和平区营口道16号) fut fondée en 1872 et resta longtemps l’église de la communauté française de Tianjin. Le lieu sert désormais de cadre à des cérémonies de mariages. L’essentiel des anciens carreaux en ciment ont été remplacés par des carreaux en céramiques pour réparer les dégâts du temps et du tremblement de terre de 1976.

Carrelage récent en céramique de l’église Saint-Louis à Tianjin. On nous a bien montré l’échantillon témoin précieusement préservé constitué de quelques carreaux anciens en ciment craquelés, mais nous n’avons pas eu la présence d’esprit de les photographier. @Rémi Anicotte (14 avril 2021)

Le Bureau du téléphone et du télégraphe (电报局) de Chengde fut construit en 1935 sous le gouvernement de l’État fantoche dit Mandchoukouo piloté par les occupants japonais. Il est devenu un hôtel, situé au n°16 de l’avenue Dutong (都统府大街16号).

Granito sur la balustrade d’un escalier du Bureau du téléphone et du télégraphe de Chengde (电报局) qui est devenu un hôtel. @Rémi Anicotte (7 septembre 2026)

Le Musée de Lüshun (旅顺博物馆) a été ouvert en 1917 par les occupants japonais qui, dans ce but, avaient réaménagé des bâtiments construits par les occupants russes en 1899.

Carreaux en ciment au rez-de-chaussé du Musée de Lüshun. @Rémi Anicotte (3 septembre 2026)
Alternance de carreaux en ciment et de granito au rez-de-chaussé du Musée de Lüshun. @Rémi Anicotte (3 septembre 2026)

La Banque de la Frontière (边业银行) fut fondée à Tianjin en 1925 par Zhang Zuolin (张作霖, 1875-1928) et présidée par son fils aîné Zhang Xueliang (张学良, 1901-2001). L’antenne de Shenyang fut terminée en 1930, elle abrite désormais le Musée de la finance de Shenyang (沈阳金融博物馆).

Juxtaposition de plancher, de granito et de marbre dans la salle des guichets au rez-de-chaussée de la Banque de la Frontière (边业银行) à Shenyang. @Rémi Anicotte (25 octobre 2026)
Carreaux en ciment des couloirs de la Banque de la Frontière (边业银行) à Shenyang. @Rémi Anicotte (25 octobre 2026)

Dans la résidence des maréchaux Zhang à Shenyang, c’est-à-dire la demeure de Zhang Zuolin (le père) et de Zhang Xueliang (le fils aîné), le grand bâtiment de style occidental a été construit entre 1918 et 1922. Son intérieur présentent des granitos, des carreaux en céramiques et des planchers.

Base d’une colonne intérieure dans le grand bâtiment à l’occidentale de la résidence des maréchaux Zhang à Shenyang : granito et carreaux de céramique à motif floral. @Rémi Anicotte (25 octobre 2026)
Granito des marches de l’escalier intérieur de la résidence des maréchaux Zhang à Shenyang et carreaux de céramique sur le mur de la cage d’escalier. @Rémi Anicotte (25 octobre 2026)
Plancher d’une pièce de de la résidence des maréchaux Zhang à Shenyang. @Rémi Anicotte (25 octobre 2026)

L’actuel Musée de Nangang à Harbin (哈尔滨市南岗博物馆) occupe un bâtiment construit en 1904 pour servir de résidence au directeur russe des Chemins de fer de l’Est chinois.

Carrelage de la véranda à l’étage d’une résidence-musée du district Nangang à Harbin. @Rémi Anicotte (26 août 2026)
Carrelage au Café 1912 district Nangang à Harbin. @Rémi Anicotte (29 août 2026)
Alternance de dalles de granito et de parquet au rez-de-chaussée de la résidence-musée du district Nangang à Harbin. @Rémi Anicotte (26 août 2026)
Escalier en granito (marches complètes et carreaux) de la résidence-musée du district Nangang à Harbin. @Rémi Anicotte (26 août 2026)

L’actuel Mémorial de l’inspection du Heilongjiang par les dirigeants révolutionnaires (革命领袖视察黑龙江纪念馆) commémore la visite de Mao Zedong et de Zhou Enlai à Harbin en 1950. Il occupe un hôtel particulier terminé en 1923 pour le négociant polonais Władysław Kowalski (1870-1940) qui avait fait fortune en exploitant des forêts du Nord-Est chinois et en fournissant en bois les Chemins de fer de l’Est chinois, mais qui fut ruiné par la crise financière de 1929.

Granito avec un zonage géométrique sur les marches d’un escalier de l’ancien hôtel particulier de Władysław Kowalski près de la place du Musée à Harbin. @Rémi Anicotte (26 août 2026)
Parvis de l’ancienne chapelle de la Charité à Chongqing (重庆仁爱教堂). @Rémi Anicotte (10 octobre 2026)

Les villages Zilicun (自力村) et Chikan (赤坎) de la commune de Kaiping au Guangdong se situent à environ 160 km au sud-ouest de Canton. Ils concentrent des maisons fortifiés dites diaolou (碉楼).

Ces structures de plusieurs étages, en forme de tours, combinent des fonctions défensives et résidentielles. La plupart furent construites par des Chinois d’outre-mer dans les années 1920 et 1930. En rapportant au pays des éléments architecturaux occidentaux, ils créèrent un style architectural original qui mêle les influences chinoises et occidentales.

Une cheminée d’un diaolou (maison de Chinois d’Outre-mer) à Kaiping, dans la province de Canton : montant en granito, cadre en céramique, sol en carreaux de ciment. @Rémi Anicotte ( 1er avril 2018)
Carreaux en ciment au sol d’une véranda d’un diaolou de Kaiping. @Rémi Anicotte ( 1er avril 2018)
Carreaux en ciment au sol d’une véranda à Kaiping. @Rémi Anicotte ( 1er avril 2018)
Le pavage du sol de la salle de l’Harmonie médiane (Zhōng hé diàn 中和殿) dans la Cité interdite est en « briques d’or » (jīn zhuān 金砖) qui sont une céramique produite à Suzhou par la cuisson lente d’une argile particulière. Elles ne contiennent pas d’or, mais tintent comme un métal quand on les cogne. De plus, leur surface polie et noire brille comme un miroir. @Rémi Anicotte (7 octobre 2026)
Pavage en briques cuites carrées du pavillon Xianruoguan (咸若馆) de la Cité interdite. @Rémi Anicotte (7 octobre 2026)
Dalles de pierres devant le palais Kunninggong (坤宁宫) de la Cité interdite. @Rémi Anicotte (7 octobre 2026)
Carreaux en céramique blanche à motifs bleus (les huit symboles de bonne augure du bouddhisme sur la bordure des carreaux) posés en 1763 (durant la 28e année de Qianlong) au sol de la pièce nord de la salle des Trois raretés (Sān xī táng 三希堂) du pavillon de la Culture du mental (Yǎng xīn diàn 养心殿) dans la Cité interdite. @Rémi Anicotte (7 octobre 2026)

[Mise à jour le 25 octobre 2026.]


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