Catherine de Bourboulon (1827-1865) est née Catherine Fanny Mac-Leod à Édimbourg au sein d’une famille aristocratique écossaise. Elle passa son enfance aux États-Unis où sa mère émigra à la suite d’un revers de fortune, et aussi au Mexique avec une tante.
En 1851, elle épousa Alphonse de Bourboulon (1809-1877), secrétaire de la légation de France à Washington. Elle accompagna son mari en Chine où le diplomate installa la légation de la France à Pékin en 1861 ; il en fut le premier en date des « ministres plénipotentiaires ».

En 1862, ils retournent en France par voie terrestre ; elle y tient, en dépit d’une santé fragile. Leur convoi traverse le nord de la Chine et la Mongolie, avant de pénétrer en Russie et d’arriver à Saint-Pétersbourg à la fin du mois d’août 1862, d’où le voyage se termine en train jusqu’à Paris.
Leur traversée de la Russie a inspiré Jules Verne qui la reprend en sens inverse dans son roman Michel Strogoff (1876). Il mentionne d’ailleurs la voyageuse dans la deuxième partie du roman. Il faut dire que ses notes de voyages avait été publiées, constituant la matière d’un « un récit vivant et souvent captivant […] qui nous donne, outre des observations sur la vie quotidienne, un tableau précis des connaissances qu’un public français ou même européen de la fin des années 1860 pouvait avoir sur la Chine et ses habitants » (Christine Nguyen Tri, 1991).
De Pékin à Kalgan du 17 au 24 mai 1862
En nous basant sur les ouvrages d’Achille Poussielgue (1866, pp.277-320) et d’Isabelle Bourboulon (2025, pp.35-40), illustrons les étapes des premiers jours du voyage de Catherine, à partir de Pékin et jusqu’à Kalgan (le nom mongol de Zhangjiakou), avant son entrée en Mongolie, puis en Russie.
17 mai 1862 à 6h00
La « cavalcade » (le terme qu’emploie Catherine dans ses notes) composée des voyageurs, de leurs domestiques, chevaux et mules, quitte la Légation de France. Le convoi sort de Pékin, ville de deux millions d’habitants, par la porte Andingmen (安定门), suit les douves nord le long d’une route bordée de saules et de guinguettes, croise des caravanes de chameaux, jusqu’au niveau de la porte Deshengmen (德胜门), d’où leur route bifurque vers le nord.
« chose remarquable, dans le nord de la Chine, que les arbres si rares dans les campagnes, où on les détruit parce qu’ils nuiraient à l’agriculture, soient si nombreux dans les villes, qu’ils leurs donnent l’aspect de grands parcs à hautes futaies. Pékin, plus que toute autre ville, a l’air d’une forêt coupée par des lacs et des rivières » (Poussielgue A., 1866, p.287)

17 mai 1862 à 13h00
Arrivée à Shahe (沙河), une bourgade encore fortifiée à l’époque.
17 mai 1862 à 18h30
Arrivée à Changping (昌平), autre ville fortifiée, d’environ 40.000 habitants à l’époque, mais qui conserve aujourd’hui peu de traces de son passé. Les voyageurs y passent la nuit.
18 mai 1862 à 7h30
Départ de Changping pour aller visiter des tombeaux Ming (北京明十三陵), 11 km plus au nord. Les voyageurs parcourent la voie sacrée (神路) bordée de statues, avant d’atteindre un mausolée, probablement Changling (长陵) qui se trouve dans le prolongement direct de la voie sacrée. Y repose Zhu Di (朱棣, 1360-1424) qui fut l’empereur Ming Yongle (明永乐, 1403-1424).

Déjeuner du 18 mai 1862
En attendant que les gardiens leur ouvrent les portes du mausolée, les voyageurs déjeunent sous les pins. Catherine note :
« Ô vieux Empereurs des anciennes dynasties ! Qui vous eût dit qu’un jour les barbares du lointain Occident, dont le nom méprisé arrivait à peine jusqu’à vous, viendraient troubler la paix de vos mânes avec le cliquetis de leurs verres et la détonation des bouchons de Champagne ! »

Après la visite de Changling, le convoi de Catherine bifurque vers l’ouest et parcoure encore 15 km.
18 mai 1862 à 16h00
Arrivée dans la bourgade de Nankou (南口) pour y passer la nuit.
19 mai 1862 à 7h30
Départ de Nankou, le convoi franchit les fortifications de Juyongguan (居庸关), et arrive à Chadao (岔道) après environ 23 km de route. Les voyageurs visitent les remparts bâtis en pierres, et ils passent la nuit dans une auberge du bourg.
20 mai 1862 à 6h30
Départ de Chadao. Déjeuner à Huailai (怀来), ville fortifiée de 5000 habitants. Nuit dans une auberge près des remparts en ruines de « So-Tchen, petite ville de 4000 âmes », un lieu correspondant probablement au bourg Xinbao’anzhen (新保安镇).
21 mai 1862
Passage à côté du relais postal Jimingyi (鸡鸣驿) qui n’attire pas l’attention des voyageurs d’alors, alors que nous y voyons aujourd’hui un rare témoin des anciens bourgs fortifiés, dans une régions où presque tous les vieux remparts ont été démantelés.


Jimingyi conserve de plus la mémoire d’un relais (yì 驿) de l’ancien système impérial des postes. Par ailleurs, 28 ans après le voyage de Catherine, l’impératrice douairière Cixi y passa la nuit du 20 au 21 août 1900, alors qu’elle fuyait Pékin où les troupes de l’Alliance des Huit nations entraient pour libérer les Légations assiégées par les insurgés Boxers.

Le convoi arrive à Xuanhua (宣化), la prospère préfecture régionale où les accueillent des missionnaires lazaristes (membres de la Congrégation de la Mission basée rue de Sèvre à Paris). La ville est plantée d’allées de robiniers (c’est le terme qu’utilise Catherine) qui sont un genre d’acacia aussi appelés sophora du Japon.





22 mai 1862
Départ de Xuanhua. Longue pause méridienne à Yulin (榆林). Arrivée en fin d’après-midi à Zhanjiakou (张家口), que les étrangers appellent Kalgan, le nom mongol de la ville.
23 mai 1862
Séjour d’un jour et deux nuits à Zhangjiakou, une ville où se côtoient négociants et contrebandiers chinois et étrangers.




24 mai 1862
Départ de Kalgan vers la Mongolie.
Références:
- Anicotte, Rémi (2022) Six chapitres d’histoire de Chine.
- Bourboulon, Isabelle (2025) Ma famille chinoise, chroniques des Bourboulon en Chine.
- de Budé, E. (1866) Voyage en Chine et en Mongolie de M. et Mme de Bourboulon, 1860-1861. 1 vol. par A. Poussielgue. In: Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 5, 1866. pp.229-231.
- Meng, Qingya (2023) Le voyage de Catherine de Bourboulon à travers la Chine (1858-1862) : l’expression d’une posture colonialiste, in Astrolabe (Marseille), vol. 53.
- Meng, Qingya (2024) Le regard impérialiste de la voyageuse : Catherine de Bourboulon au dix-neuvième siècle. In Voix plurielles (Saint-Catharines, Ontario, Canada), vol. 21, n°2 de 2024, Dossier : Femmes voyageuses en Orient de la fin du dix-neuvième au début du vingtième siècles, pp.169-182.
- Nguyen Tri, Christine (1991) Catherine de Bourboulon, L’Asie cavalière : de Shanghaï à Moscou, 1860-1862, in Études chinoises, vol. 10, n°1-2 de 1991, pp.280-283.
- Poussielgue, Achille (1864) Relation de voyage de Shanghaï à Moscou, par Pékin, la Mongolie et la Russie asiatique, rédigée d’après les notes de M. de Bourboulon, ministre de France en Chine, et de Mme de Bourboulon. In Le Tour du Monde (Paris), 1er semestre 1864, pp.81-128.
- Poussielgue, Achille (1866) Voyage en Chine et en Mongolie de M. de Bourboulon, ministre de France et de Madame de Bourboulon, 1860-1861. Hachette, 468 pages.
- Wikipédia: Catherine de Bourboulon.
[Mise à jour le 21 septembre 2026.]